*Cartel du pôle 14 Orléans.

Constitué le 1er juin 2013 et clôturé ce 20 juin 2015.

 

Travail de clôture.

Titre du cartel :

 Le désir de l’analyste.

 

 

Avant de commencer, il me semble bon de vous rappeler que l’expression « le désir de l’analyste » ne  vient pas de Freud : c’est une notion lacanienne.

Maintenant pour tenter d’apporter une réponse de travail  au titre de notre cartel : « Le désir de l’analyste » je vais me permettre d’apporter une question que Lacan replaçait de façon récurrente dans plusieurs séminaires.  Une question claire vu que la réponse est très difficile, je cite : « qu’est ce qui peut bien venir dans la boule de quelqu’un qui a traversé ou qui a subi cette expérience pour pouvoir occuper cette place ?» 

Question essentielle donc pour Lacan, puisque cela permet de distinguer le désir de ceux qui veulent être psychanalyste et le désir de celui qui occupe réellement la place de l’analyste.

Qu’est-ce que cela veut bien dire, puisque ce « désir inédit[1] » parle d’une perte qui ferait  complément ? 

Recevoir quelqu’un en analyse, l’écouter ne prouve pas qu’il y a un analyste ni même de l’analyse possible.

Albert Nguyên dans son séminaire « le désir à l’heur du réel » page 189 tentait aussi de relancer cette  question de Lacan en apportant cette réponse : « Ce n’est pas parce que quelqu’un est capable de faire un bel exposé que pour autant il est capable d’analyser quelqu’un parce que l’analyse ce n’est pas un mot, c’est quelqu’un en face. (…) Prendre en analyse ne veut pas dire qu’ils permettront de finir une analyse. »

Cependant nous ne sommes pas sans savoir que pour rendre une analyse possible, il faut passer par le transfert. 

Pour compléter et tenter d’éclairer cela, je vais me permettre de citer un passage d’un texte de Colette Soler que vous pouvez retrouver  dans l’actéisme de l’analyste[2] :  « Certes, engager un sujet dans une psychanalyse est un acte, mais cela n’est pas une supposition.»

Dans ce texte elle nous met en garde de prendre la phrase de Lacan dans un sens trop premier, qui signifierait simplement, je cite : « dès que l’analyste  fonctionne  l’acte y est. L’acte est supposé à la place de la cause. Une cause d’un produit de l’analyse.  Analyse qui n’est attestable qu’au terme, lorsque cette cause il la répète, en effet. Mais il la répète justement de ne plus supposer le sujet à l’inconscient. »

Donc vu tous ces aspects, nous remarquons ainsi que  pour rendre une analyse possible, il faut qu’il y ait eu une analyse et  quelque chose qui se soit passé à partir d’un transfert. C’est une condition sine qua none pour que  quelque chose puisse à nouveau se  passer. Nous ne sommes pas sans savoir que dans une analyse, le pivot du transfert est le sujet supposé savoir.

Le transfert est ce qui facilite une analyse mais il n’est pas suffisant pour qu’une analyse puisse être conduite à son terme.

 

Maintenant pour affiner cela et pour continuer à distinguer le « désir de l’analyste » de certaines pathologies de l’analyste, je me suis permise de reprendre cette remarque de Serge Cottet qui me semble assez intéressante à signaler, je cite: « Cependant, le désir de l’analyste, ce n’est pas du mal analysé, et ce n’est pas la même chose que du contre - transfert.[3] » Lacan, dans son séminaire I, ne mâchait pas ses mots en donnant cette formule du contre – transfert : «  On appelle contre –transfert le fait d’être un imbécile.[4] »

Nous remarquons par ces phrases que pour assumer la position d’analyste et  pouvoir y répondre, il faut vraiment que quelque chose se soit produit par effets d’analyse. On pourrait même ajouter qu’en fin d’analyse il serait souhaitable que le sujet se réalise dans son propre désir en perdant ce qu’il a de plus cher : son leurre.

Donc pouvoir assumer cette position ce n’est pas rien.

Autrement dit  cela mérite que l’on s’attarde un peu sur cette différence fondamentale du désir qui différencie le désir d’avant analyse et celui après le  terme de l’analyse.  Avant le sujet cédait sur son propre désir. En  fin d’analyse le sujet se réalise dans son propre désir. Effets d’analyse qui auraient donc  laissé comme des séquelles qui ne  feraient plus  désarroi au sujet  mais bien office d’acceptation. «  Y répondre par un acte relève d’un consentement du sujet. » Consentir voudrait dire : être en ordre aussi avec la division. Abandonner la division c’est « Etre d’accord » dans son acte. Cette décision ne fait plus partie d’une décision articulée par le symptôme.  Le sujet peut parler à ce terme qu’il  sait « se débrouiller » avec son symptôme vu qu’il n’est plus dupe de ce qui l’anime.

Pour le dire de façon plus explicite, c’est en ce lieu que le sujet va lever son embrouille avec sa division. Un véritable séisme qui vient de s’opérer. Là le sujet est mené à se faire une éthique de  « Savoir être un rebut. » Point crucial et  sans retour.

 C’est un moment de bascule qui produit le désir de l’analyste. Un désir autre que celui qu’il possédait avant la traversée du fantasme qui lui n’était que de céder sur son propre désir. C’est un désir autre, qui de plus n’est plus un désir de vouloir être le maître. C’est un  véritable changement de position. Moment précis donc où le sujet bascule de la fin du transfert en  s’offrant à son tour au transfert.

Moment du désêtre de l’analyste.

Un véritable retournement.

 C’est en  ce lieu que se dévoile le « désir du psychanalyste.» 

Désir qui radicalement s’oppose et se différencie d’une identification à l’analyste.

Lacan le qualifiait même d’un désir inédit  qui n’est concevable que comme étant le résultat d’une analyse. Passer par ce  renversement brutal, par ce  passage inédit  fait repérage et non éblouissement du sujet. 

Un point de rencontre, de retrouvaille qui a fait rupture pour permettre la traversée où l’angoisse n’est plus une protection contre la béance. Angoisse qui avant le faisait buter sur le roc de la castration. Point de rencontre de retrouvaille où  il n’y a plus ce recouvrement par l’objet fantasmatique vu qu’il est vidé de sa jouissance.

Une véritable mise à plat du phallus.

Presque plus  d’objet  ni de signifiant relié à l’identification.

Point de chute, de destitution où  le sujet est décollé de la série de ses identifications. On pourrait qualifier ce point  de point hors-série.  Inédit car ainsi dégagé du fantasme du sujet. Quelque chose de nouveau s’inscrit là où avant ça ne cessait pas de ne pas s’inscrire.

Donc la psychanalyse a des effets sur le sujet, elle le modifie mais il est bon de rappeler que c’est du un dans sa singularité.

Pour le dire plus radicalement : la position de l’analyste ne relève pas de la gloriole et encore moins d’une identification mais bien d’un certain savoir sur la production de l’Autre dans un avant et un après.

Consentir au désir de l’analyste implique un dire qui évoque un choix d’un sujet décidé. S’autoriser c’est aussi s’autoriser à « Refaire un tour » sur cet avant et cet  après qui permet de visualiser les effets en effet sur le désir. Un désir où il n’y a plus cet autre de l’Autre. C’est dans ce temps que peut se traiter la question du désir de l’analyste qui a émergé au moment de la passe.

Bien des analyses malheureusement se  sont arrêtées au moment de l’éblouissement de la traversée du fantasme sans même y apporter une certaine  conclusion. Du fait de ce stigmate possible, on pourrait compléter la phrase d’Albert Nguyen citée plus haut, en ajoutant  qu’il est toujours  souhaitable qu’un analysant fasse la rencontre du désir d’un analyste pour que quelque chose puisse s’opérer dans la cure. Autrement dit qu’il ne fasse pas les frais d’un manque qui ferait comme manquement.

En 1965 Lacan pointait un peu cela autrement en parlant de  la  névrose de l’analyste, comme  égarement d’un analyste,  en disant, je cite : « la névrose de transfert est une névrose de l’analyste, il s’évade dans le transfert dans la mesure où il n’est pas au point quant au désir de l’analyste [5]» une problématique de transfert qui rendrait ainsi  les analyses interminables.

Lacan dans « la direction de la cure » situe  le désir de l’analyste comme ce qui surgit à partir de la découverte que l’on n’est pas le phallus et de pouvoir assumer cette castration.

Moment crucial où dans la cure, le sujet traverse cette fiction qui l’habitait. C’est une rencontre particulière  qui fait émerger ce désir de l’analyste. Cette rencontre appellera une réponse : soit un consentement ou un refus. Ce désir est le résultat d’une rencontre contingente avec ce qui est à l’origine même du désir, un manque où le sujet avait logé quelque chose de son être. Cette rencontre a  lieu après la traversée du fantasme.

Ce n’est plus un choix venant de l’Autre. 

 Après ce désabonnement à la chaîne signifiante et la chute du transfert, l’émergence de ce nouveau désir émerge dans un mode particulier pour chacun qui ne vient  plus de l’ordre du fantasme  mais  de l’ordre de la pulsion.

Une perte que l’on pourrait qualifier ainsi  de rectification subjective.

Une rectification où il n’y pas ‘de désir d’être un analyste ‘ mais bien un analyste qui agit par son désir.

Lacan dans le séminaire XI, distinguait cela en  parlant du transfert et du désir de l’analyste, je cite : « si le transfert est ce qui, de la pulsion, écarte la demande, le désir du psychanalyste est ce qui l’y ramène[6] » et où dans le séminaire « la logique du fantasme » il ajoute, je cite : « le désir est ce qui fait limite à la jouissance.»

Cependant, dans  la  leçon du 22 juin 1960  Lacan faisait comme une mise en garde lorsqu’il qualifiait le désir de l’analyste [7]comme étant un « désir averti » « ce désir ne peut pas désirer l’impossible. » Il écrit : « ce que l’analyste a à donner, contrairement au partenaire de l’amour, c’est ce que la plus belle mariée du monde ne peut dépasser, à savoir ce qu’il a.  Ce qu’il a, ce n’est rien d’autre que son désir, comme l’analysé, à ceci près que c’est un désir averti.

Que peut être un tel désir, le désir de l’analyste nommément ?

Dès maintenant, nous pouvons tout de même dire ce qu’il ne peut pas être. Il ne peut pas désirer l’impossible. [8] » fin de citation.

Le désir de l’analyste est aussi ce qui permet  de répondre à l’analyse  dans une certaine présence. Etre là 

Etre là,  se situer là, ne  se situe certes pas sur base  d’une identification à l’analyste mais parle bien d’un produit fini de l’analyse, d’un terme qui produit un sujet désirant.

Place inédite de l’analyste donc puisqu’il  se réfère à un renoncement de la jouissance en s’orientant d’une parole  qui témoigne de la jouissance. 

Etre l’agent de l’opération.

Être là, opérer pour faire apparaître le manque où est logé l’objet a. Extraire le a, c’est précisément ce que l’analyste vise.

Une opération de destitution de l’Autre « en levant le refoulement.[9]»

On pourrait dire que pour opérer de cette place,  l’analyste doit impérativement avoir été destitué. Une destitution subjective qui parle de perte et d’un certain renoncement.

Le sujet ne jouit plus de son fantasme, ce qui le réduit alors à l’acte psychanalytique.

C’est une réduction qui de ce fait ne parle certes pas d’une certaine gloriole.

Autrement dit c’est un changement de position. 

 

Pour affiner cela, on pourrait dire que le désir de l’analyste  est le résultat  d’une cure menée à son terme qui a permis le jaillissement d’une certaine position dans la rencontre  de l’objet vidé. Un objet vidé par la traversée du fantasme et du plan des identifications qui a laissé une place à un désir nouveau, inédit et particulier  qui ne parle plus, par la jouissance de l’Autre  ni d’un mode de désir de reconnaissance  ni d’un  désir recouvert par une identification. Ce désir parle à partir d’un lieu vidé et aucune formation n’ouvre la porte à cet accès. Lacan précise à la page 243 des quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse (seuil 1964) «  c’est en ce point de manque que le sujet a à se reconnaître […] là où le sujet se voit causé comme manque par a et où a vient boucher la béance que constitue la division inaugurale du sujet. »

Maintenant avant de clôturer,  je vais encore me permettre de reprendre une autre phrase du  livre d’Albert Nguyên, qui me semble assez pointue que vous trouverez à page 134, je cite : «  En définitive, une analyse devrait  permettre de remettre à sa place le désir de la place où il fut chassé (…) un désir notons bien qui a été chassé par la névrose et par la jouissance. Qu’on lui donne le nom de désir de savoir suppose que le désir ait quelques affinités avec le désir primordial. »

Ce désir inédit émerge donc d’un savoir quand se rencontre un point absolu sans aucun savoir. Ce manque de savoir n’est pas l’ignorance puisqu’il peut être  l’origine du désir de savoir  dans un impossible à dire.

Le vide n’est pas un savoir, c’est quelque chose qui se rencontre brutalement.

Un désir de l’analyste, est un désir inédit sans retour qui a jaillit sous le choc des  effets d’analyse.

Autrement dit c’est un point opérant particulier.

Le désir de l’analyste est donc  une conséquence possible du terme de l’analyse.

 

 

Je vous remercie.

 

 

 

 



[1] Lacan, J..(1986).Le Séminaire VII-L ‘éthique de la psychanalyse. Paris : Seuil .P.347

[2] [2] Soler. C : Retour à la passe. Ed.forums du champs lacanien p.525

[3] Cottet, S. (1976) Sur le désir de l’analyste chez Freud. Ornicar ?6, p78

[4] Lacan. J. (1975). Le séminaire I- Les écrits techniques de Freud. Paris : Seuil, p.253

[5] Lacan,J. Séminaire XII-Problèmes cruciaux pour la psychanalyse, inédit, leçon du 3 février 1965

[6] Lacan.J.(1973). Séminaire XI- Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse. Paris :Seuil 245.

[7] Lacan. J  (1960) séminaire VII –L’éthique de la psychanalyse. Paris Seuil

[8] Idem

[9] Freud,S.(1973). Cinq leçons sur la psychanalyse. (1909).Paris :Payot ,pp 44-45

*Intervention 17 mars 2012

INTERVENTION DU 17 MARS 2012 AU FORUM DU CHAMP LACANIEN DU BRABANT

 

TITRE:

Lorsque la perte du sens de la parole passe à un autre versant !

 

ARGUMENT :

Scansion logique d’un temps de formation à l’inconscient où l’analysant déloge radicalement du sens qu’il tentait toujours d’apporter. Instant de coupure radicale où la difficulté à vivre passe à un désir de vivre.

Moment surprenant de prise en acte des effets du produit de son analyse où en effet on remarque que l’on peut supporter l’insupportable et que cela ne fait même plus d’effet.

Un virage inédit où on repère que ‘le sens connu du versant de l’amour’ vient radicalement de changer.

 

TEXTE DE L’INTERVENTION :r aborder cet autre versant, je vais commencer par reprendre la 1ère phrase de mon argument : « Scansion logique d’un temps de formation à l’inconscient où l’analysant déloge radicalement du sens qu’il tentait toujours d’apporter. »

Entendez bien ici que je tente de parler par cette phrase d’une coupure et plus d’une continuité. Je parle là d’un instant qui a fait coupure en marquant ainsi, un avant et un après. C’est une temporalité autre et différente vu que le sens de la parole a changé de sens suite à une formation à l’inconscient et à la chute du transfert.

Formation qui n’a certes rien à voir avec un savoir enseigné ou formaté mais qui a à voir avec un certain temps logique de formation qui vient de se clôturer.

Pour le dire autrement, je vais citer ici une phrase de la revue Ornicar 12-13 :

« Une formation de l’inconscient qui se dégage par l’expérience d’une analyse »

phrase que vous trouverez à la page 121 de ‘Sur La Passe’ du 3 novembre 1973.

On pourrait dire par cet effet de cure que le sujet de la parole s’est comme déprogrammé et que de ce fait le sujet ne parle plus ainsi par défaut.

C’est un moment suivant que l’on pourrait peut-être nommer comme un moment de repérage de la résultante d’un produit de l’analyse. Un repérage d’une livraison en direct d’un produit fini de l’analyse. Repérage crucial dirais-je de cet acte où l’analysant se délivre du sens de l’amour des détails qui l’aliénait à l’Autre et au plan de ses identifications. (Autre que j’écris ici avec un grand A.)

C’est un moment suivant devenu différent puisque le sujet ne jouit plus du mirage fantasmatique qui le renvoyait toujours en direct à l’amour des images de ses anciennes connaissances.

On pourrait dire par cela que le sujet ne jouit plus d’un certain complément.  

C’est un virage inattendu qui fait surprise vu que la logique du sens se dérobe en ne faisant plus office de vérité. Une surprise d’autant plus grande, vu que la quête d’un certain idéal vient de perdre son sens.

Un moment surprenant de passage, de destitution subjective qui permet au sujet de remarquer qu’il   peut en effet supporter l’insupportable en ne ressentant plus les mêmes effets.

J’en profite ici pour rappeler que dans la «  Proposition » de 1967 Lacan semblait bien notifier que le sujet destitué était un sujet transformé. Il parle là d’une transformation.

Autrement dit : une transformation qui fait métamorphose et permet un changement de position.

On remarque que c’est un passage inédit qui certes se différencie des instants de passages éphémères repérés dans une analyse où là le sujet oscille encore avec l’angoisse qui le bouscule. Angoisse qui en quelque sorte venait boucher le trou de la castration.

Donc pour reformuler cette différenciation, on pourrait dire que c’est un point de passage hors série qui fait évènement. Un évènement qui fait rupture avec une certaine répétition. Retournement radical où la difficulté à vivre passe à un désir de vivre.

Effet surprenant dirais-je de pouvoir constater cette mise à jour d’un désir nouveau qui propulse de surcroit dans un sens moins compliqué de la Vie !

Vie que je me permets d’écrire par expériences vécues avec un grand ‘V’.

Maintenant pour faire suite à ce rapport nouveau à la vie, je voudrais m’attarder un peu plus sur le versant du sens de la parole qui a changé par la perte d’un certain répondant. Autrement dit, la parole d’amour change de sens vu que ça parle d’un autre lieu.

Un lieu qui peut même parler d’un amour autre qui ne prône plus la référence au ‘devoir aimer’.

Un versant de paroles autres et différentes qui ne font plus objet de demande au partenaire d’être un objet complémentaire.

Un sens différent de parole d’amour puisqu’il ne demande plus cet amour fusionnel qui avant, parlait de craintes ou de désir de sécurité.

Lacan me semble-t-il parlait de cela dans « du ‘Trieb’ de Freud et du désir du Psychanalyste » lorsqu’il parlait de la « Tromperie de l’amour et de sa bassesse » en disant, je cite : «  Aimer, c’est vouloir être aimé. » Vous trouverez ces phrases dans les Ecrits, Le Seuil, 1966 p 853.

Versant autre et différent puisque libéré ainsi par analyse de toute une série d’écrans d’amours qui n’étaient qu’écrins précieux de joyaux fantasmatiques hérités d’un passé.

Maintenant et pour tenter d’aborder le changement du sens du versant d’amour, je vais me permettre de faire une longue parenthèse en revenant sur le sens de ces bijoux dont je viens de vous parler.

J’ouvre la parenthèse : (Bijoux très familiers, dirais-je, qui s’offrent très souvent dans une rencontre pour tenter d’apporter ce qu’on appelle communément ‘ une preuve d’amour. ‘

Seulement, on peut   remarquer autour de nous que les promesses d’amours ne font aucune preuve de garantie ni de durée. Ce qui permet de dire que la parole d’amour

n’est pas nécessairement une preuve d’amour. De ce fait on pourrait dire que les preuves d’amours mettent souvent  à   l’épreuve les   partenaires par ce désir inconscient  de reconnaissance.

 Désir égarant, voir même égaré par un transfert d’amour fantasmatique que l’on pourrait nommer à plus juste titre « érosion du désir. »

Relation amoureuse type où les sujets s’enlisent dans le sens de la routine du discours courant. Une routine que l’on pourrait attribuer à la routine du partenaire inconscient autour duquel gravite un amour volubile qui semble faire garantie au diktat d’une certaine logique dite amoureuse. Logique implacable et menteuse qui éprouve tant de sujets ainsi pris aux pièges d’un ensemble de détails qui les ont fait  vibrer à tel point de les avoir rendu amoureux. Une relation d’objet devenue aussi chaotique par des glissades imprévues répétitives sur des mots, des actes, des impressions, des  illusions qui ne faisaient qu’empiler tout un bagage de désillusions.

Un amour « affecté par le foisonnement du bavardage » disait Lacan dans la note aux Italiens.

Un bavardage où de plus on entend l’équivoque de « On voudrait refaire l’amour. » Ce ‘ On voudrait refaire l’amour’ parle là d’un manque et d’un impossible dont Lacan nous a souvent parlé. L’amour c’est donner ce qu’on n’a pas et il n’y a pas de rapport sexuel. Autrement dit d’un amour qui n’est que suite de rendez-vous manqués.)

Je ferme la parenthèse.

Maintenant après cette longue parenthèse sur l’amour commun, j’en reviens à l’autre versant où il y a eu cette perte radicale d’une longue quête de jouissance et où un autre amour se dévoile en ne faisant plus office de vérité.  

Autrement dit où cette perte de sens fait rupture avec le passé en offrant comme présent une place autre au partenaire.

Du rien qui vaille d’avant, il y a un autre lien qui s’installe et qui n’a plus le besoin de se répéter.

Je précise ceci en citant un passage du livre ‘l’inconscient   réinventé’  de Colette Soler : «  L’analyse peut sans doute permettre un changement, et même substantiel, à partir de

ce qui s’inscrit de la parole analysante, mais la bonne rencontre, contingente, elle ne peut la promettre, seulement en créer les conditions de possibilités.»

Vous trouverez cela à la page 185. 

Lacan, dans la note aux Italiens, disait, je cite   « Un amour plus digne » pour qualifier le changement. Voir Autres Ecrits page 311.

 Maintenant et pour conclure ce développement, je vais me permettre d’ajouter par expérience vécue après ma Passe et ceci n’engage que moi, en disant : C’est un rapport d’amour possible, qui maintenant, reconnaît l’autre. Une reconnaissance où à plus juste titre, on peut dire à la personne qu’on aime.  

(Personne, ici sans l’équivoque du mot.)

«  Maintenant, tu as une place. Tu es devenu quelqu’un ! »

 

 

 

*Intervention Cartel Hannut

 

 

Inter-cartel.

Hannut le 11-11-2010.

 

Titre du Cartel : l’Ecole de Lacan.

 

«  L’acthèisme de l’analyste. »

Je me suis permise ici de reprendre le néologisme d’écriture que Colette Soler avait utilisé dans le livre ‘retour à la Passe’ vu que d’emblée il parle.

Il parle de condensé de l’acte de l’athée.

Il nous amène ainsi subtilement à cette notion introduite par Lacan en 1967 dans la théorie analytique : « L’acte analytique. »

Il faut tout de même préciser, qu’avant Lacan, le terme ‘acte’ était comme frappé d’interdit. Vu qu’il était évoqué là comme ce qu’il ne faudrait pas, lorsque l’on parlait du passage à l’acte de l’analysant.

Donc pour le dire plus clairement : avant Lacan, on s’y référait comme une limite de l’expérience analytique. Ce qui est autre et différent.

En 1967, dans son séminaire sur l’acte, Lacan élève l’acte à la dignité de la cause analytique, ce qui est bien loin de le réduire à un raté analysant.

Mais il faut quand même préciser que dès le début de son enseignement, Lacan a souvent insisté sur l’action de l’analyste.

Une action de l’analyste, qui résonnait plutôt du côté de la technique.

Dans Variante de la cure type il évoque, je cite « l’action qui lui revient dans la production de la vérité. »Là, il parle d’une production de l’analyste où il met au jour l’incidence de l’acte sur le processus de la cure.

Autrement dit : Une action de l’analyste qui produit un certain effet.

Ce qui est intéressant c’est de voir que dans ce même temps, il dénonce deux affects qui stigmatisent le défaut du désir de l’analyste qu’il nomme « La fausse honte » et « L’horreur de l’acte.» Cette «  fausse honte » il la place à l’endroit de l’action en général.

Donc, avec l’acte, Lacan, place l’analyste sur la sellette en voulant comme situer je le cite « Une forme éthique qui en appelle au devoir être. »

Dans ce chapitre Colette Soler attire notre attention sur la démarche de Lacan qui a toujours été de situer l’éthique en fonction de la structure où pour expliciter cela elle ajoute « ce qui veut dire, toujours en fonction d’un souci scientifique, qui interdit le recours aux normes à priori et qui commande de se régler sur un savoir dont on suppose et dont on vérifie qu’il ordonne un réel. »

Elle fait aussi remarquer qu’à travers chaque étape de son enseignement, Lacan produit des formules différentes, voire divergentes de ce que doit être l’analyste et que celles-ci sont toujours corrélées à l’avancement de son élaboration de la structure.

Dans tout son questionnement de l’analyse Lacan s’est posé la question de savoir avec quoi elle travaille.

Question qui à priori pourrait sembler anodine et pourtant !

Avec la parole.

 

Par rapport à cette réponse je me suis permise ici de reprendre l’ajout de Colette Soler, je cite : « Avec la parole c’est un fait et les devoirs de l’analyste, seront dès lors fonction de la question de savoir, qu’est ce que la parole ?

Elle parle là comme d’un devoir d’usage avant de pouvoir opérer.

Dans « Variantes de la cure-type » Lacan insiste sur la responsabilité de l’acte de la parole de l’analyste en disant je cite : « il constitue le sujet en sa vérité. »

Quelques années plus tard, après l’instance de la lettre de l’inconscient, la direction de la cure en construisant la distinction de la demande et du désir Lacan place l’analyste en charge de ce désir.

On parle là d’une charge que l’analyste a à avoir.

Pour embrayer un peu sur l’importance de l’acte dans une analyse, je vais me permettre ici de glisser lentement dans ses ramifications en citant Colette Soler:

 « On pourrait se permettre de dire : à Freud la répétition et à Lacan l’acte analytique mais Lacan invite quand même à repenser

 

 

*Conférence débat forums de Bruxelles

Bruxelles, jeudi 29 mai 2008.

 

La Passe, cette bascule qui fait retournement.

 

Pour bien distinguer les choses, je tiens à donner une petite précision concernant ce mot « Passe » que très souvent je vais utiliser dans cette conférence. Je parlerai là du moment de passage dans la fin de l’analyse. Je ne parlerai pas de la procédure de son témoignage à l’Ecole que l’on appelle communément « Faire la Passe » qui elle s’inscrit dans un second temps. De ce fait, lorsqu’on parlera de fin d’analyse, on parlera d’une analyse menée à son terme. On ne parle pas d’une analyse que le sujet aurait décidé d’arrêter.

 

Pour illustrer mon titre et entrer dans le discours analytique, j’aimerais citer le passage de Lacan qui se trouve dans le discours à l’E.F.P (l’Ecole freudienne de Paris) du 6 décembre 1967.

Source Scilicet 2-3 p.25.

Je cite :

« La passe est ce point où d’être venu à bout de sa psychanalyse, la place que le psychanalyste a tenue dans son parcours, quelqu’un fait ce pas de la prendre.

Entendez bien : pour y opérer comme qui l’occupe, alors que de cette opération il ne sait rien, sinon à quoi dans son expérience elle a réduit l’occupant. »

Fin de citation.

 

Maintenant, je vais tenter ici de décortiquer avec vous ce moment de Passe.

On pourrait aborder cela assez brièvement en disant que la Passe est ce moment de passage dans l’analyse qui se différencie des autres instants de passages.

Mais ceci semble un peu trop léger et simpliste vu qu’il est bon de différencier ces 2 temps –moment et instants- qui eux se ponctuent dans la durée du temps de l’analyse. Durée du temps de l’analyse qui a permis de produire une certaine expérience analytique. Une expérience analytique qui au cours de l’analyse s’élabore par le travail du signifiant. Dans cette analyse du signifiant le sujet fait découverte de la construction de son fantasme, de ses identifications, du Phallus et de son symptôme au gré du temps.

On pourrait dire que c’est un autre savoir qui émerge.

Je veux donc dire : ramener cette durée de temps au temps logique de l’inconscient.

Temps logique de formation de l’inconscient où, comme je l’ai dit tout à l’heure, il y a plusieurs instants et un moment. Instants et moment qui sont des scansions logiques qui apparaissent dans le temps de durée d’une analyse mais qui se détachent du temps logique de l’inconscient. Ce qui les différencie et les oppose à la logique du signifiant.

Pour mieux cerner et distinguer ces temps, revenons en premier lieu aux instants de passages, qui eux se repèrent dans le trajet d’une analyse et qui ne sont que temps éphémères. Je dis éphémères vu que dans ces instants le sujet oscille dans l’angoisse qui le bouscule. Il oscille ainsi entre perdre ou garder. Il oscille ainsi comme dans un mouvement de balancier qui ne fait que scansion du temps. Je dis scansion du temps vu que le sujet est toujours pris là dans l’articulation de sa propre chaîne signifiante.

Autrement dit : il est pris dans une chaîne signifiante qui le maîtrise. Il est toujours pris dans le jeu du signifiant.

De ce fait toujours pris par le fantasme qui l’articule, le sujet oscille, résiste et s’en défend en entrant à certain moment dans le jeu d’« un je ne veux rien en savoir » pour après quelques temps, rebondir sur un autre signifiant.

C’est probablement pour cela que les analyses durent longtemps.

Cette horreur de savoir le fait céder sur son désir.

Donc en entendant cela on aurait envie de dire de façon assez succincte que le moment de passage se distingue de l’instant. Mais ce n’est pas aussi simple vu que dans ces deux temps, moment et instant, on y distingue un temps différent.

Temps différent puisque dans ce moment de passage le sujet fait coupure à sa chaîne signifiante.

Il n’est plus pris dedans.

Il n’est plus pris dans sa propre chaîne signifiante qui jusqu’ici le régissait, il quitte ainsi le registre de la série qui le régentait.

Donc là, plus d’oscillation qui fait fermeture mais une ouverture d’un passage qui le bascule et le propulse dans un autre lieu.

On avance en temps mais cela peu durer un certain temps.

Ce moment de passage est un point de rencontre qui fait objet de découverte tout en éloignant ainsi le sujet de cet ordre sériel qui lui était connu jusqu’ici.

Là, il y a une émergence qui se produit, une émergence d’un certain enthousiasme. Un enthousiasme qui produit une pensée autre devenue point opérant.

Est-ce que cette pensée autre qui émerge serait la rencontre avec le réel de la logique de l’inconscient ?

Dans ce point crucial qui est le point de séparation avec la logique du fantasme, le sujet se retrouve ainsi astreint à quitter l’objet de son fantasme, ce à quoi il tenait tant.

De ce fait et inopinément, il découvre la pulsion sans le repère de son fantasme.

Lacan parle là d’une perte et certes pas d’un complément.

Autrement dit : il jette ce qui depuis de nombreuses années l’habille.

Il leste là ce qu’il en quelque sorte avait de trop. Il jette l’excédent.

Il quitte ainsi son aliénation au fantasme qui faisait en lui besoin inconscient de répétition.

Cette perte est due à la traversée du fantasme radical et au franchissement du plan de l’identification.

Le sujet déchoit ainsi de son fantasme.

Chute vertigineuse où le sujet se retrouve. Il retrouve son être.

Il se retrouve sans ce guide du fantasme qui avant était pour lui comme une véritable aliénation.

C’est un changement radical.

Un changement radical où le sujet a cessé d’être dans un rapport de jouissance avec l’objet a qui causait son désir.

Ce qui me permettrait de dire qu’après le franchissement du plan de l’identification et après la traversée du fantasme, le sujet séparé de sa relation à l’objet découvre une pulsion autre, une pulsion beaucoup plus forte réduite de son fantasme.

Autrement dit le sujet ainsi libéré de ce qui l’articulait, découvre en lui une pulsion plus naturelle. Un pulsion qui avant faisait feu d’artifice.

Une pulsion autre et différente qui ne répond plus à la demande inconsciente de coller à une identification qui de plus ne faisait que partie intégrante de son fantasme.

Pour essayer de le dire plus clairement : après ces franchissements le sujet dans la relation a à faire avec une pulsion ouverte, dépourvue de l’objet qui venait l’enfermer dans un fantasme.

On pourrait dire ainsi qu’en fin d’analyse le sujet cesse de vivre par procuration.

Il n’a plus ce besoin de se raccrocher à l’Autre.

Ce qui réveille en lui une certaine énergie.

Une énergie autre qui s’offre à lui et que jusqu’ici il n’avait jamais pu rencontrer.

Il quitte ainsi sa pulsion de mort en se retrouvant brusquement dans un désir de Vivre.

C’est un point de rencontre, de retrouvaille qui a fait rupture pour permettre la traversée où l’angoisse n’est plus une protection contre la béance.

Cette angoisse qui à un certain moment le faisait buter sur le roc de la castration.

Point de rencontre de retrouvaille où il n’y a plus ce recouvrement par l’objet fantasmatique vu qu’il est vidé de sa jouissance.

Une véritable mise à plat du phallus.

Presque plus d’objet et ni de signifiant relié à l’identification.

Point de chute, de destitution où le sujet est décollé de la série de ses identifications.

On pourrait qualifier ce point de point hors série.

On pourrait même ajouter qu’en fin d’analyse le sujet se réalise dans son propre désir en perdant ce qu’il a de plus cher : son leurre.

J’attire ici votre attention sur cette différence fondamentale du désir.

Avant le sujet céde sur son propre désir.

En fin d’analyse le sujet se réalise dans son propre désir.

Le sujet peut choisir de son propre choix, il peut de ce fait choisir d’un autre plan.

Quand je dis qu’il peut choisir de son propre choix, je veux dire qu’il ne choisit plus par ce choix venant de l’Autre. Choix qui avant l’orientait toujours dans un choix inconscient aliéné par le fantasme. Ce choix inconscient qui très souvent avant faisait appel au besoin de répétition en se sous tendant parfois par une identification.

Pour le dire plus brièvement : le sujet quitte sa jouissance dans le fantasme.

C’est une transformation radicale.

Il quitte ainsi le repère du choix qui très souvent à court terme le décevait.

Dans ce changement radical, le sujet peut choisir. Il peut ainsi choisir de ne plus répéter.

Il quitte ainsi cette forme de jouissance qui avant le rassurait et qui venait faire en lui objet de contradiction.

Autrement dit : un choix qui très souvent se gonflait par un « Je le voulais et pourtant il ne me convient pas ou ce n’est pas le bon choix il me faudrait autre chose »

Errant ainsi dans un conflit permanent avec sa division dans une course effrénée à l’objet perdu. Il errait ainsi sans le savoir dans le non rapport sexuel.

Ne pourrait t’on pas dire alors que ce désir de fin d’analyse est un changement radical où subitement le sujet découvre ce que le fantasme avait fait éloigner et même oublier.

C’est un désir plus simple donc beaucoup moins compliqué.

 

Pour illustrer cette transformation du rapport à l’autre » j’aimerais vous donner quelques exemples en vous lisant un extrait du texte d’Albert Nguyên Effets de l’inoubliable “ dans la vie ” qui se trouve dans le Mensuel 18 page 55.

Je cite :

Par exemple tel sujet obsessionnel :

                     qui collectionne des femmes toujours sur le même modèle maternel,

qui n’ose pas affronter ses supérieurs hiérarchiques desquels il sollicite une  

demande à laquelle se conformer tout en remâchant dans l’ombre sa revanche

ou la rébellion,

qui ne parvient pas à dépasser le père et se contente de vivre dans le regret de

ne pouvoir lui parler ou de ne pouvoir se libérer de son influence,

tel sujet, après l’analyse, peut mettre un terme à la série et s’ouvrir à l’Autre comme hétéros, savoir quand il accepte ou refuse de parler avec ses supérieurs, sait sur quel point il admire et sur quel point il n’admire pas : la castration a été mise à sa place et dès lors le désir peut fonctionner à d’autres fins que celles de se conformer à la demande de tout Autre.

Il ajoute :

On peut penser que ce sont des acquis modestes mais les résultats d’une analyse sont toujours modestes, même quand l’analysant peut dire que sa vie a changé, il n’empêche que cette nouvelle position rend tout de même la vie un peu plus agréable, un peu plus facile.

Fin de citation.

 

Nous venons de voir ainsi que le moment de passe se situe au-delà de la logique signifiante, ce qui a fait évènement.

Ce moment fait émergence vu que le sujet quitte la chaîne de la série signifiante en produisant un savoir sur le réel.

Ce passage n’est pas un gain et encore moins une promotion, c’est une perte radicale qui fait destitution.

Ce que Lacan appelle la destitution subjective.

Cette perte, cette fin de la relation d’objet fait la rencontre du trou, du vide, d’un manque d’objet, d’un manque dans l’Autre. Il n’y a plus cette consistance de l’Autre.

Il n’y a plus d’Autre de l’Autre disait Lacan.

Autrement dit c’est avec cette inconsistance de l’Autre que se découvre l’absence de projection.

Pour illustrer un peu mieux cette perte, je vais me permettre de citer ici cette phrase de Christian Demoulin qui se trouve dans l’article « De l’École » paru dans le livre retour à la passe p112.

« Le manque dans l’Autre est appel à l’inventivité alors que l’identification fait arrêt à la création. »

Fin de citation.

 

A cela je pourrais même ajouter que c’est aussi la rencontre avec une certaine solitude.

Le sujet est vidé, vidé de son fantasme qui l’articulait.

Ce qui nous renvoie à la découverte d’une autre pulsion, la pulsion allégée du fantasme.

Point crucial où s’est opéré un retournement qui a fait basculer le sujet de l’horreur de savoir au savoir être un rebut.

Autrement dit là est le passage de l’analysant à l’analyste.

Ce point de passage est« la condition de toute compétence analytique » disait Lacan dans son séminaire XV l’acte psychanalytique, inédit, leçon du 6 décembre 1967.

On pourrait dire ainsi que cette destitution subjective apporte à la cure sa conclusion.

C’est une bascule irréversible qui pointe l’effectuation.

Ce passage de l’analyste, en effet.

Le passage en effet disait Lacan dans  Autres Ecrits, Proposition du 9 octobre 1967. p.251.  :

Je cite :

 «  La terminaison de la psychanalyse dite superfétatoirement didactique, c’est le passage en effet du psychanalysant au psychanalyste. »

Pour ajouter un peu plus de précision sur le mot didactique, je vais citer ce que Lacan en disait dans les 4 concepts fondamentaux de la psychanalyse, page246

 « Une psychanalyse didactique ce qui veut dire, une psychanalyse qui a bouclé cette boucle jusqu'à son terme. La boucle doit être parcourue plusieurs fois ».

Fin de citation.

Je précise ici que le terme didactique vient de L’IPA et que ce terme sera revu par Lacan en 1973 où là il parlera alors de psychanalyse pure.

Je reviens maintenant sur «  le terme de l’analyse »

Ce terme est le moment où le sujet sait « se débrouiller » avec son symptôme vu qu’il n’est plus dupe de ce qui l’anime.

Autrement dit c’est en ce lieu que le sujet va lever son embrouille avec sa division.

C’est un véritable séisme qui vient de s’opérer.

Là le sujet est mené à se faire une éthique de  « Savoir être un rebut. »

Point crucial et sans retour.

C’est un moment de bascule qui produit le désir de l’analyste.

Un désir autre que celui qu’il possédait avant la traversée du fantasme qui lui n’était que de céder sur son propre désir.

C’est un désir autre, qui de plus n’est plus un désir de vouloir être le maître.

C’est un véritable changement de position.

Moment précis où le sujet bascule de la fin du transfert en s’offrant à son tour au transfert.

Moment du désêtre de l’analyste. Un véritable retournement.

C’est en ce lieu que se dévoile le « désir du psychanalyste »  qui n’a rien à faire avec le désir d’être psychanalyste.

Ce qui radicalement s’oppose et se différencie d’une identification à l’analyste .

Lacan le qualifiait même d’un désir inédit  qui n’est concevable que comme étant le résultat d’une analyse.

Dans le séminaire « L’éthique de la psychanalyse » de 1960 Lacan parle « d’un désir averti »qui ne désire pas l’impossible.

Ce désir de l’analyste est aussi « un désir de savoir. »

Autrement dit : c’est un désir de savoir qui doit ignorer ce qu’il sait.

Ainsi, le savoir se dérobe pour un autre savoir qui ne fait plus office de vérité.

Il me semble intéressant de rappeler ici que l’expression « le désir de l’analyste » est une notion Lacanienne.

Dans les 4 concepts de la psychanalyse Lacan met l’accent sur le désir comme étant le pivot de l’expérience . A la page 245, il précise : « si le transfert est ce qui, de la pulsion, écarte la demande, le désir du psychanalyste est ce qui l’y ramène. »

Fin de citation

 

Pour aller un peu plus loin sur le « désir du psychanalyste » je reviens au texte de Lacan dans le séminaire « La logique du fantasme. »

Je cite « [1]Le désir est ce qui fait limite à la jouissance. »

Fin de citation

 

Le sujet ne jouit plus de son fantasme, ce qui le réduit alors à l’acte psychanalytique.

Autrement dit : qui dit réduction dit changement de position.

Si on en revient à ce que je disais toute à l’heure sur la traversée du fantasme et du plan de l’identification qui font point de chute, de destitution où le sujet est décollé de la série de ses identifications, on fait là le repère d’un point déterminant où il n’y a plus d’identification à l’analyste.

Point opérant important où le sujet ne sait plus faire comme. Il s’y retrouve.

Ce qui le distingue de s’auto-ri (tuali)ser comme disait Lacan dans la note aux Italiens en 1973.

Pour revenir à cette perte d’identification, je cite ici Lacan dans les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse dans les derniers mois de son séminaire de 1964 p133 « [2]le transfert n’est pas la mise en acte de l’illusion qui nous pousserait à cette identification aliénante que constitue toute conformisation, fut-ce à un modèle idéal, dont l’analyste, en aucun cas, ne saurait être le support –le transfert est la mise en acte de la réalité de l’inconscient.»

Fin de citation.

Lacan ne parle pas de la formation de l’analyste mais de la formation de l’inconscient.

 

Il dit en date du 3 novembre 1973.

Source : Ornicar ? 12-13 pages 121 « Sur l’expérience de la Passe »

« Il faudrait savoir remarquer les choses dont je ne parles pas –je n’ai jamais parlé de formation analytique, j’ai parlé de formations de l’inconscient. Il n’y a pas de formation analytique. De l’analyse se dégage une expérience, dont c’est tout à fait à tort qu’on la qualifie de didactique. L’expérience n’est pas didactique. Pourquoi croyez-vous donc que j’ai essayé d’effacer tout à fait ce terme de didactique, et que j’ai parlé de psychanalyse pure ?

L’analyse pure serait d’après Christian Demoulin une analyse qui aboutit à un symptôme « purifié » (dans « retour à la passe » page 125.)

 

 

Pour mieux imager ce contraste du commencement et de la fin de l’analyse, j’aimerais citer Lacan qui en 1954 dans l’introduction au commentaire de Jean Hippolite disait :

 

[3]« Le sujet, disons-nous, commence son analyse en parlant de lui sans vous parler à vous, ou en parlant à vous sans parler de lui. Quand il pourra vous parler de lui, l’analyse sera terminée. »

 

Maintenant et avant de nous lancer dans le débat, j’aimerais ajouter que dans la destitution subjective il peut y avoir aussi un changement radical du corps qui peut s’opérer.

Le corps en temps qu’organe ne pourrait-il pas avoir aussi une place dans l’analyse ?

Ceci est ma question.

 

Je vous remercie.

 

 

 

[1] J. Lacan le séminaire « La logique du fantasme »

[2] J.Lacan (1973) les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse p 133.

[3] J.lacan (1966) Introduction au commentaire d’Hyppolite, Ecrits Paris Seuil p321.